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La péniche, gestion du patrimoine fluvial

La péniche, gestion du patrimoine fluvial
Page 14
màj : 18 - 09 - 2012 10:00


Traction mécanique
sur les voies navigables dans les années 50

Entretien du matériel et des voies

Entretien de la voie

Les responsables locaux de l'entretien de la voie étaient nommés moniteurs. En dehors du fait qu'il encadrait une petite équipe, je me demande ce qui justifiait cette appellation. Toutefois j'ai un doute depuis que j'ai appris qu'à la SNCF il existait des "visiteurs". Il se pourrait bien que ce dernier terme soit le bon. A la réflexion je crois que les visiteurs étaient les agents pourvus de moyens de déplacement "rapides" chargés d'inspecter et de dépanner sur place et les moniteurs les chefs des équipes d'entretien programmé de la voie. Peut-être les premiers étaient-ils les chefs hiérarchiques des seconds. Il est évident qu'à l'époque, je n'était pas très préoccupé par les problèmes d'organisation du travail et que je fais cette remarque avec ma culture ultérieure plaquée sur mes souvenirs.

Je n'ai pas vu grand-chose de leur travail, sinon qu'ils ont été dotés au cours de ma période d'observation d'un nouveau type de véhicule de service représentatif du souci d'économie de la compagnie : un Tri-Vespa caisse. Le matériel transporté était à l'abri, mais pas eux, même s'il y avait un auvent, c'était quand même ouvert sur les cotés.

Les interventions courantes étaient le ripage de la voie qui avait toujours tendance à glisser vers le canal, puisque l'effort de traction avait une composante latérale dans cette direction et des réparations ponctuelles sur la ligne électrique.
Ci-contre une opération de ripage, compliquée par un affaissement de berge du à de fortes pluies. Pour rétablir le niveau, il avait fallut disposer en urgence des bottes de paille sous les traverses. A part le soulèvement plus important que pour y glisser du ballast seulement, la méthode est la même. Remarquer, au premier plan, le cric à crémaillère, outil de base d'un tel chantier, avec la barre à mine. Il y a un second cric à l'autre bout du chantier.

Cette photo provient du site de la mairie de Mont-Bernenchon sur le canal d'Aire(1).

Ils faisaient aussi des remplacements de tire-fonds et de traverses. Pour cela un homme se rendait sur place avec le matériel, et compte tenu du poids et de l'emplacement souvent inaccessible par la route, en tracteur avec une paire de diploris en remorque sur lequel était chargé le tout.

Travaux courants d'entretien de voie

cliquez Sur cette image (Doc Guy Matignon), deux hommes sont occupés à régaler du ballast rapporté à la sortie d'une écluse. Ce point à la jonction du mur en retour du terre-plein et de la berge naturelle est exposé au batillage qui peut s'amplifier dans l'angle généralement envasé. On ne sait pas s'il y a eu ripage préalable, c'est probable. Le reballastage qu'on les voit faire en est la suite, mais peut-être le seul objet de la réparation.

Wagonnet de transport

La position du cordon de cailloux le long de la voie à droite montre qu'il a été déchargé depuis un moyen de transport ferroviaire, genre wagonnet. La barre latérale qui protège les roues est destinée à limiter le renversement de la benne pour éloigner le cordon de cailloux du rail. Sur la photo la limite est bien nette. Pour décharger, un homme pousse le wagonnet et l'autre contrôle le renversement de la benne. Un cordon bien régulier le long de la voie est la preuve que ce ne sont pas des débutants. Ce type de wagonnet n'etait pas particulier à la CGTVN, mais était largement utlisé à cette époque, y compris pas les entreprises de bâtiment qui installaient des voies de circonstance.
Comme la scène est par hasard, en limite sur la photo, on n'est pas sûr de voir tous leurs outils et il y a peut-être le traditionnel cric à crémaillère utilisé pour soulever la voie et bourrer du ballast sous les traverses. Pour le reste, ce sont des outils à main. Remarquer les vélos, moyen de transport indispensable à la CGTVN.
Et en 2009 que reste t-il de ces voies et rails ? A Revigny, pas loin de Mussey (Photo Guy Matignon) un tronçon (coup de meule souhaité sur la coupe) bien utile pour l'escale. Photo prise au coucher du soleil, boulard improvisé sur la berge sud. La couleur jaune est habituelle. Ailleurs, ils sont quelquefois encore en place, voire sous les revètements des chemins ou routes, mais le plus souvent repartis dans le circuit de recyclage de l'acier.

Anecdote en marge

L'un des ces hommes (un moniteur), Léon Gross, pratiquait la marche athlétique et était même une vedette du club local dont il me semble qu'il se nommait les Cheminots Châlonnais (mais je n'en mettrai pas ma main à couper). Il avait participé à plusieurs Paris-Strasbourg (à l'époque ce n'était pas Colmar-Paris) où il avait chaque fois dû abandonner avant l'arrivée car son domaine d'excellence était les courses "courtes" de moins d'un journée où il gagnait assez souvent et il avait même été deuxième au championnats du monde des 100 km. Il m'avait embauché certains dimanches pour l'accompagner en vélo pendant les courses et lui servir de groom (bien qu'on disait entraineur car il s'agissait de ne pas le laisser seul sur la route et lui servir de soutien moral si son rythme faiblissait. Il n'y avait pas de directeur sportif sur place et encore moins de coach, mot encore dans les limbes du snobisme) chargé de l'approvisionnement en boisson et sucre et surveiller la position des concurrents en chronométrant discrètement les écarts avant de lui rapporter vite-fait le résultat. C'était un quadragénaire tout sec avec les muscles noueux. Le soir après le boulot il faisait 30 km pour s'entraner avant de se coucher. Ici ça vaut peut-être la peine de préciser qu'il était célibataire.

Un jeudi (le mercredi de l'époque), j'avais 12 ou 13 ans, Léon me propose de l'accompagner jusqu'à l'écluse de Juvigny (environ 8 km) porter un couple de diplorris avec un chargement de traverses et un ou deux sacs de tire-fonds. Pour profiter de l'occasion de faire de l'exercice. Pas de tracteur, à pied. Et nous voilà partis en marchant sur la voie. Au début je trouvais très amusant de jouer aux wagonnets en poussant l'équipage. Mais, même si la voie est en palier ça ne roule pas tout seul et ça fait mal au dos, car c'est bas. Après quelque temps il a du me remplacer en donnant une poussée d'un pied vigoureux dans le chargement tous les dix pas. Malgré cela j'avais du mal à suivre. Ce n'est pas facile de marcher sur une voie ferrée quand l'espacement des traverses est trop grand pour son pas. La suite, je l'ai faite en partie assis sur les tire-fonds.

Diplorry

Diplorry, modèle voie métrique, déraillé, posé en long entre les rails.
Si on en met deux sur la voie, on peut y poser des traverses et tout ce qu'on veut par dessus. Chaque élément est manipulable par un seul homme. A deux ça va plus vite.
Non chargé, un gamin peut le faire rouler seul très facilement, et j'en connais un qui ne s'en est pas privé quand il en a eu l'occasion.

Bon, nous voilà arrivés. On laisse les diploris sur la voie de garage, on traverse sur les passerelles d'une porte d'écluse, on dit bonjour à l'éclusier et peut-être bien au conducteur d'un tracteur qui arrivait à l'écluse avec son bateau et avant lequel il fallait arriver pour ne pas avoir à le croiser, car il aurait fallu décharger et dérailler les diploris. Pas question de s'asseoir au café de la marine (il y en a un presque à chaque écluse. Voir le film, Le Baron de l'Ecluse avec Jean Gabin, c'est censé se passer là. Pourtant, l'ayant revu récemment j'ai bien regardé le générique de fin et j'ai vu que cela avait été tourné en Seine-et-Marne, mais l'ambiance est bien rendue. Les professionnels du cinéma apprécieront) et on repart sur le contre-halage, chemin carrossable où c'était facile de marcher.

Fichtre, le voilà qui allonge le pas, j'essaie de suivre et je n'ai eu droit qu'à des quolibets (gentils) sur ma capacité éventuelle à être recruté par le club de marche. Puis à des ronchonnements dus au fait que je lui cassais son rythme. J'ai tellement ralenti la marche que nous avons été rattrapés par une machine en traction, (celle de l'écluse de Juvigny) qui circulaient sur l'autre berge, là où nous étions passés une demi-heure, ou peut-être une heure avant. Léon, qui ne voulait pas m'abandonner dans la nature, demande au conducteur s'il veut bien me ramener à Châlons. L'autre qui me connaissait accepte et il ne reste plus qu'à trouver un moyen de changer de berge. Le pont de chemin de fer de la ligne Calais-Bâle qui tombait juste à point me permit l'opération et c'est comme ça que j'ai fait le reste du retour dans la cabine du tracteur. Même pas besoin d'arrêter la machine, on monte en marche sans problème.

Revenu à Châlons, devinez qui s'est payé ma tête. Et ils étaient plusieurs qui avaient déjà entendu l'histoire avant que j'arrive. Je n'ai pas souhaité m'inscrire au club de marche, ce qui ne leur a pas donné l'occasion de me refuser.

Mon truc, c'était le vélo. Et si Léon m'a encore proposé de l'accompagner, c'est en course avec mon vélo comme porteur d'eau et de nourriture(2), je ne l'ai plus jamais fait à pied.

Image de 2012 montrant le wagonnet plateau qu'on peut faire avec deux diplorry. La voie est ce qui a été conservé sous la voûte du Mont-de-Billy et qui est utilisé pour l'entretien de l'ouvrage. L'ensemble est placé là où il ne gène aucune circulation de tracteur ni de rien d'autre non lié à l'entretien. Comme il n'est plus nécessaire de l'enlever de la voie quand il ne sert pas, tout est fixé définitivement ensemble, un cadre métallique fixe les bastaings du plateau, mais ça fonctionnait aussi avec des traverses simplement posées de l'un à l'autre.
On n'a si peu envie de l'enlever de là qu'on a supprimé les rails quelques mètres avant la sortie du souterrain. A droite de la photo on ne voit pas l'eau à cause d'un bateau qui passait là. Le Kairos, bien utile au photographe.

De temps en temps, je voyais à Châlons une tonne à désherbant de 1 à 2 m3 (peut-être plus gros) sur un wagon à 2 essieux. Je ne me rappelle pas avoir vu d'autres wagons.

Pour les interventions plus importantes des équipes mieux outillées se déplaçaient sur l'ensemble du réseau.

La CGTVN possédait 4 pontons (en fait des barges, mais c'est comme ça qu'ils disaient) dont je n'ai pas oublié les noms, Athos, Porthos, Aramis et D'Artagnan. Et aussi des remorqueurs (sur la Seine et l'Oise, ce que je ne savais pas à l'époque) dont certains, petits, venaient du coté de Châlons pour déplacer les "pontons" en cas de travaux. C'est sur le pont de l'un d'eux que j'ai passé l'écluse de Châlons, fièrement, sous le nez des badauds qui regardaient depuis le pont juste au-dessus. Vu mes 5 ou 6 ans, j'étais fier comme d'Artagnan, mais le voyage n'a pas duré plus de 200 m.

C'est tout ce dont je me souviens maintenant. Cependant il peut y avoir quelques détails auxquels je n'ai pas pensé et il est possible que des questions réactivent ma mémoire. C'est pour cela que je remets ce texte à jour de temps en temps. Quelquefois, une remarque ou l'aide d'un "lecteur" m'apporte un élément manquant.


notes

1 - L'autorisation de publier cette photo qui semble t-il provient d'une collection privée fait toujours l'objet d'une demande en attente (sous forme de couriel à la mairie). Dès réception de la réponse, j'obtempérerais aux exigences formulées.
2 - Je l'ai assisté dans plusieurs courses extérieures à la ville dont au moins une, à Troyes, qu'il a gagné. Ah, ce voyage en Picasso, où au retour, j'avais pu être devant, car on y allait en train avec les autres participants du club (4 ou 5 personnes) et les bagages étaient légers. Les aliments utilisés étaient disponibles dans le commerce courant, genre chocolat et morceaux de sucre, quant à la boisson j'allais acheter des sodas sucrés (Coca-Cola quasi inconnu à ces endroits à cette époque) dans les bistrots et quémander de l'eau chez les riverains ou remplir la gourde aux fontaines qu'on trouvait encore sur les trottoirs. Je n'ai jamais vu ni entendu parler de produits spéciaux.
A noter que les prix aux gagnants étaient de très faible valeur, un peu d'argent et des produits locaux dont se débarrassaient certains qui n'étaient pas appelés sponsors. Les autres participants en étaient pour leurs frais. Du vrai amateurisme, j'étais payé de quoi m'offrir 2 places de cinéma, mais quel plaisir ! Autant pour les gagner que pour les dépenser. Vive le sport, enfin celui-là. Il a quand même eu sa photo en plein effort dans l'édition châlonnaise de l'Union de Reims, et comme j'étais à coté...

En cas de demande d'explications pour cause d'obscurité textuelle, de contestation ou apport constructifs ou même pour m'engueuler (le fait de rester poli ne pourra qu'ajouter à l'efficacité), n'hésitez pas à me contacter à l'adresse indiquée sous le menu d'accueil.

Les dessins sont réalisés avec Esquisse

Nota 1 : Le livre de Bernard Le Sueur (Mariniers, histoire et mémoire de la batellerie artisanale, tome 1, Editions du Chasse-Marée, Abri du Marin 29177 Douarnenez cedex) sur la batellerie aborde le rôle de la CGTVN. Cet ouvrage, bien documenté, est pourvu d'illustrations intéressantes non reproduites ici.

Nota 2 : Le numéro 81 (1967) de la revue de la FACS (Fédération des amis des chemins de fer secondaires) comporte un article, signé Claude Robin, relatif à la traction électrique sur les voies navigables. J'ai utilisé des informations contenues dans cet article.